01 76 38 08 47
Logo Kartable
Classes
CE1CE2CM1CM2SixièmeCinquièmeQuatrièmeTroisièmeBrevetSecondePremièreTerminaleBac
AccueilParcourirRechercheSe connecter

Pour profiter de 10 contenus offerts.

Logo Kartable
Classes
CE1CE2CM1CM2SixièmeCinquièmeQuatrièmeTroisièmeBrevetSecondePremièreTerminaleBac
AccueilParcourirRechercheSe connecter

Pour profiter de 10 contenus offerts.

  1. Accueil
  2. Première
  3. Français
  4. Exposé type bac : Que j’ai souffert mon cher Aza, Lettre 5

Que j’ai souffert mon cher Aza, Lettre 5 Exposé type bac

Sommaire

IPremier mouvement : « Que j'ai souffert… conduite »IIDeuxième mouvement : « Un moment détruit… à l'humanité »IIITroisième mouvement : « Aucun d'eux… me faire ? »

Ce contenu a été rédigé par l'équipe éditoriale de Kartable.

Dernière modification : 21/10/2026 - Conforme au programme 2026-2027

Que j'ai souffert, mon cher Aza, depuis les derniers nœuds que je t'ai consacrés ! La privation de mes quipos manquait au comble de mes peines ; dès que mes officieux persécuteurs se sont aperçus que ce travail augmentait mon accablement, ils m'en ont ôté l'usage.

On m'a enfin rendu le trésor de ma tendresse, mais je l'ai acheté par bien des larmes. Il ne me reste que cette expression de mes sentiments ; il ne me reste que la triste consolation de te peindre mes douleurs, pouvais-je la perdre sans désespoir ?

Mon étrange destinée m'a ravi jusqu'à la douceur que trouvent les malheureux à parler de leurs peines. On croit être plaint quand on est écouté, on croit être soulagé en voyant partager sa tristesse ; je ne puis me faire entendre et la gaieté m'environne.

Je ne puis même jouir paisiblement de la nouvelle espèce de désert où me réduit l'impuissance de communiquer mes pensées. Entourée d'objets importuns, leurs regards attentifs troublent la solitude de mon âme. J'oublie le plus beau présent que nous ait fait la nature en rendant nos idées impénétrables sans le secours de notre propre volonté. Je crains quelquefois que ces sauvages curieux ne découvrent les réflexions désavantageuses que m'inspire la bizarrerie de leur conduite.

Un moment détruit l'opinion qu'un autre moment m'avait donné de leur caractère. Car, si je m'arrête aux fréquentes oppositions de leur volonté à la mienne, je ne puis douter qu'ils ne me croient leur esclave et que leur puissance ne soit tyrannique.

Sans compter un nombre infini d'autres contradictions, ils me refusent, mon cher Aza, jusqu'aux aliments nécessaires au soutien de la vie, jusqu'à la liberté de choisir la place où je veux être ; ils me retiennent par une espèce de violence dans ce lit qui m'est devenu insupportable.

D'un autre côté, si je réfléchis sur l'envie extrême qu'ils ont témoignée de conserver mes jours, sur le respect dont ils accompagnent les services qu'ils me rendent, je suis tentée de croire qu'ils me prennent pour un être d'une espèce supérieure à l'humanité.

Aucun d'eux ne paraît devant moi sans courber son corps plus ou moins, comme nous avons coutume de faire en adorant le Soleil. Le cacique semble vouloir imiter le cérémonial des Incas au jour du Raymi[1]. Il se met sur ses genoux fort près de mon lit, il reste un temps considérable dans cette posture gênante. Tantôt il garde le silence et, les yeux baissés, il semble rêver profondément. Je vois sur son visage cet embarras respectueux que nous inspire le grand Nom[2] prononcé à haute voix. S'il trouve l'occasion de saisir ma main, il y porte sa bouche avec la même vénération que nous avons pour le sacré diadème[3]. Quelquefois il prononce un grand nombre de mots qui ne ressemblent point au langage ordinaire de sa nation. Le son en est plus doux, plus distinct, plus mesuré ; il y joint cet air touché qui précède les larmes ; ces soupirs qui expriment les besoins de l'âme, ces accents qui sont presque des plaintes, enfin tout ce qui accompagne le désir d'obtenir des grâces. Hélas ! mon cher Aza, s'ils me connaissait bien, s'il n'était pas dans quelque erreur sur mon être, quelle prière aurait-il à me faire ?

Françoise de Graffigny

Lettres d'une Péruvienne, lettre 5

1747

[1] Le Raymi est la principale fête du Soleil. L'Inca et les prêtres l'adoraient à genoux.
[2] Le grand Nom était Pachacamuc, on ne le prononçait que rarement, et avec beaucoup de signes d'adoration.
[3] On baisait le diadème de Manco-Capac comme nous baisons les reliques de nos saints.
Quipos : ensemble de cordelettes de couleurs variées dont la réunion, l'agencement, la combinaison des nœuds étaient utilisés par les Incas pour calculer ou pour se rappeler des faits importants.
Cacique : ancien chef amérindien d'Amérique centrale

I

Premier mouvement : « Que j'ai souffert… conduite »

La cinquième lettre s'ouvre d'emblée par une manifestation de la plainte de Zilia en mettant en évidence sa douleur. Le rappel du destinataire placé en apposition souligne l'importance de ce dernier et le soutien qu'il peut lui apporter en recevant ainsi la confidence de ses plaintes.

Champ lexical de la souffrance pour montrer tous les sentiments douloureux éprouvés par Zilia durant sa deuxième phase de captivité, sur le bateau des Français.

Outre son enlèvement, sa captivité, l'incompréhension de sa situation, elle souffre d'être coupée géographiquement et émotionnellement de sa culture, de son pays : elle se retrouve en terre étrangère sans aucun repère et en plus de cela, on l'a privée momentanément de ce qui la rattache aux siens, ses quipos. Elle est donc victime de souffrance psychologique par ses « officieux persécuteurs ».

Rythme binaire par la répétition « on croit être » pour bien insister à la fois sur la douleur éprouvée et sur la solitude vécue.

La solitude de Zilia est d'autant plus difficile qu'elle se retrouve malgré elle plongée dans un monde qui lui est totalement hostile et qui la coupe de ses repères culturels fondamentaux, puisqu'elle ne parvient plus à penser au « plus beau présent que (nous) lui fait la nature ». Zilia ne se sent pas en sécurité et a l'impression que sa liberté intérieure est menacée.

Cette prise de conscience constitue implicitement un glissement vers une critique de la société française qui s'amorce par une différence entre nature et culture.

Le quatrième paragraphe de cet extrait se clôt par une prise de conscience du comportement incohérent et paradoxal de « ces sauvages curieux ». Par le biais de son personnage féminin, Françoise de Graffigny introduit l'idée que son héroïne va progressivement gagner en indépendance et en réflexion pour comprendre la société dans laquelle elle est obligée de vivre.

Métaphore pour évoquer les Français. Cette figure de style montre la différence de culture et des deux mondes qui séparent Zilia des Européens ainsi que le regard péjoratif qu'elle porte sur eux.

II

Deuxième mouvement : « Un moment détruit… à l'humanité »

La répétition du substantif « moment » dans la première phrase du cinquième paragraphe de cet extrait introduit d'emblée le comportement paradoxal et changeant des Européens ainsi que le regard indécis que Zilia porte sur ces hommes. Soit ils se comportent avec dureté et méchanceté, soit ils se comportent avec respect et gentillesse.

L'expression « fréquentes oppositions » met en évidence la différence des deux cultures qui ne peuvent se comprendre ni s'entendre tant elles se fondent sur des valeurs morales et sociétales divergentes.

Zilia énumère ensuite tout ce qu'on lui refuse et la violence physique dont elle est victime : privation de la nourriture désirée, impossibilité de changer de place, contrainte de rester dans ce lit imposé. Elle se sent totalement contrainte et opprimée.

Mais le lecteur, lui, comprend immédiatement que c'est pour soigner Zilia. Puis, l'hyperbole « l'envie extrême » et les termes mélioratifs « conserver », « respect », « services », « espèce supérieure » suggèrent tout le respect et les soins qu'ils lui portent à l'image d'une personne quasi divine.

III

Troisième mouvement : « Aucun d'eux… me faire ? »

Le dernier paragraphe de cet extrait développe plus précisément l'excellent comportement des Européens, en particulier celui de Déterville, pour montrer à quel point Zilia est vénérée comme une sainte.

Puis Zilia confie à Aza le portrait de Déterville qu'elle nomme le cacique dans l'adoration qu'il lui porte. Sa position « à genoux », son silence, sa réserve, son « embarras respectueux », sa délicatesse pour lui prendre la main la confortent dans une opinion positive pour les Européens. Zilia ne comprend pas encore que Déterville ne la regarde pas uniquement comme une sainte vénérée mais que dès à présent, c'est l'amour pour elle qui est en train de jaillir dans son cœur. Déterville attend ainsi les « grâces » de son cœur, non des « grâces » religieuses.

Propositions subordonnées relatives qui servent d'abord à faire des comparaisons implicites avec les mœurs des Incas et qui montrent ensuite toute l'attitude raffinée et respectueuse du cacique, à savoir Déterville, à l'égard de Zilia.

La charte éditoriale garantit la conformité des contenus aux programmes officiels de l'Éducation nationale. en savoir plus

Les cours et exercices sont rédigés par l'équipe éditoriale de Kartable, composéee de professeurs certififés et agrégés. en savoir plus

Voir aussi
  • Cours : Lettres d'une Péruvienne, Françoise de Graffigny
  • Exposé type bac : Jusqu’ici mon cher Aza, lettre 20
  • Exposé type bac : Il n’est pas surprenant mon chez Aza, lettre 31

Nos conseillers pédagogiques sont à votre écoute 7j/7

Nos experts chevronnés sont joignables par téléphone et par e-mail pour répondre à toutes vos questions.
Pour comprendre nos services, trouver le bon accompagnement ou simplement souscrire à une offre, n'hésitez pas à les solliciter.

support@kartable.fr
01 76 38 08 47

Téléchargez l'application

Logo application Kartable
KartableWeb, iOS, AndroidÉducation

4,5 / 5  sur  20266  avis

0.00
app androidapp ios
  • Contact
  • Aide
  • Livres
  • Mentions légales
  • Recrutement

© Kartable 2026