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Dernière modification : 23/03/2026 - Conforme au programme 2025-2026
Un contexte historique et religieux conflictuel
Les guerres de religion et la division du royaume
À partir du milieu du XVIe siècle, la France est secouée par une série de conflits religieux opposant catholiques et protestants, appelés huguenots. Ces guerres de religion, au nombre de huit entre 1562 et 1598, plongent le pays dans un climat de haine, de peur et de massacres. La violence atteint son paroxysme avec la Saint-Barthélemy en 1572, où des milliers de protestants sont assassinés à Paris et en province. Ces affrontements traduisent une fracture profonde du royaume, tant sur le plan religieux que sur le plan politique.

Le massacre de la Saint-Barthélemy le 24 août 1572 (tableau de François Dubois, Musée de Lausanne)
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L'accession d'Henri IV au pouvoir et la nécessité d'un compromis
Henri de Navarre, chef protestant devenu roi de France en 1589 sous le nom d'Henri IV, comprend que la stabilité du royaume passe par la paix religieuse. Pour apaiser les tensions, il décide de se convertir au catholicisme en 1593, déclarant que « Paris vaut bien une messe ». Il est ainsi sacré à Chartre l'année suivante. Toutefois, cette conversion ne suffit pas à ramener la concorde. En 1598, il promulgue l'édit de Nantes, un texte de compromis destiné à mettre fin aux conflits et à rétablir l'autorité de l'État en garantissant des droits aux protestants tout en ménageant les catholiques. C'est donc avant tout un édit de "pacification".
L'édit de Nantes : un texte de tolérance
Un édit pragmatique et novateur
L'édit de Nantes reconnaît officiellement le droit des protestants à pratiquer leur culte dans certains lieux précis, surtout là où il était déjà établi. Il leur accorde aussi des droits civils et politiques : ils peuvent se marier, accéder aux études, aux métiers, à certaines fonctions, et ne peuvent être inquiétés pour leurs croyances. En contrepartie, le catholicisme reste la religion d'État. L'édit instaure également des places de sûreté, des villes fortifiées où les protestants peuvent se défendre en cas d'attaque, ce qui témoigne de la fragilité de la paix.

Photographie de l'édit de Nantes, signé en 1598 par Henri IV (archives nationales)
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Une tolérance critiquée mais essentielle
Malgré son caractère équilibré, l'édit de Nantes ne satisfait pleinement aucun camp. Certains catholiques y voient une concession dangereuse, tandis que des protestants regrettent des restrictions. Pourtant, ce texte marque une étape décisive vers la tolérance religieuse. Dans un contexte européen dominé par l'intolérance confessionnelle, la France fait figure d'exception. L'édit constitue aussi un acte politique fort, affirmant que la paix civile prime sur l'unité religieuse, une idée alors nouvelle.
La révocation de l'édit de Nantes en 1685
La politique religieuse autoritaire de Louis XIV
Après la reddition des places fortes de la Rochelle, Privas et Alès, la paix d'Alès (1629) sous Louis XIII et Richelieu supprime les places fortes huguenotes mais confirme les "libertés de conscience" et de culte prévues par l'édit : les protestants perdent leur autonomie politique, mais gardent une existence religieuse légale.
À partir des années 1660, Louis XIV engage une politique de centralisation et d'unification du royaume. Convaincu qu'un État fort repose sur une foi unique, il entreprend de réduire progressivement les libertés accordées aux protestants. Des mesures coercitives se multiplient : restrictions sur les lieux de culte, interdiction de certaines professions, conversions forcées encouragées par les dragonnades (logement de soldats chez les protestants pour les contraindre à abjurer). Cette stratégie conduit à la révocation pure et simple de l'édit de Nantes par l'édit de Fontainebleau, en 1685.
Les conséquences de la révocation
La révocation marque un retour à l'intolérance religieuse. Le protestantisme devient illégal en France, les temples sont détruits, et de nombreux fidèles fuient le pays pour échapper aux persécutions. On estime que plus de 200 000 protestants quittent la France, affaiblissant le royaume sur le plan économique, intellectuel et culturel. Sur le plan symbolique, cette décision illustre la volonté du roi de contrôler tous les aspects de la vie de ses sujets, mais elle ternit l'image de la monarchie à l'étranger. L'édit de Fontainebleau annule un siècle d'efforts pour construire une forme de coexistence religieuse en France.

Signature de l'édit de Fontainebleau par Louis XIV (gravure de Jan Luyken, 1693)
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