Issue d'un milieu modeste, Manon Lescaut incarne la luxure et l'envie. Elle enfreint les règles morales et sociales.
Manon est issue d'un milieu modeste. Destinée au couvent, car elle montre déjà un appétit pour les plaisirs, elle n'est heureuse que dans le luxe. Elle souhaite s'élever socialement et intégrer l'élite sociale. Malgré sa naissance modeste, elle présente des caractéristiques d'une certaine noblesse : elle a des traits fins et grâcieux, elle est cultivée et s'exprime très bien. Manon incarne, les péchés capitaux de la luxure (elle mène une vie de débauche et couche avec plusieurs hommes) et de l'envie (elle est vénale et prête à tout pour fréquenter le beau monde). Les actes de Manon sont souvent cruels : elle joue avec le cœur de Des Grieux qu'elle finit par aimer véritablement et sincèrement.
C'est un personnage en marge à plusieurs niveaux. Tout d'abord parce qu'elle est exclue par les autres personnages qui ne voient en elle qu'une fille facile. Ainsi ses parents veulent l'enfermer dans un couvent, ses amants la mènent en prison et le père de Des Grieux la fait déporter en Louisiane. C'est donc une marge imposée, subie.
Ensuite, parce qu'elle se met elle-même en marge par son comportement. Elle enfreint les règles sociales (elle vole, elle s'évade, elle escroque …), elle enfreint les règles morales (elle est manipulatrice, vénale et libertine, elle se prostitue …) et elle enfreint les règles religieuses en ayant des relations hors mariage. Enfin, parce qu'elle est en marge du récit en lui-même. Bien qu'elle soit l'héroïne qui donne son nom au roman ce n'est pas à travers sa voix que la narration se fait mais à travers celle de Des Grieux.
Manon, par sa marginalité, affirme, finalement, toute sa force et sa puissance. Soumise, par sa nature de femme à subir l'emprise des hommes, elle les domine malgré tout en profitant d'eux et en les manipulant.
Manon est, pour finir, une figure féminine tragique. Alors qu'elle apprend enfin à se contenter de peu, lors de sa vie à la Nouvelle Orléans, et qu'elle accède à une véritable reconnaissance sociale au sein de la colonie, elle meurt pitoyablement dans d'intenses souffrances après s'être repentie. Ici, elle semble être le jouet d'un destin implacable qui la punit pour les fautes qu'elle a commises.